La fête triste

Publié le par Guillaume

Le printemps vient à peine de commencer que l'on pense déjà à l'été, son réchauffement climatique, ses touristes rougeauds et sa 89ème saison de Fort Boyard. L'été, c'est aussi l'occasion de ses innombrables festivals aux 4 coins du pays. Chaque parcelle de l'hexagone possède ainsi sa petite sauterie, des petites scènes modestes aux gros mastodontes, chacun aura droit à sa dose de musique powered by Coca Cola Heineken Decap Four Protège la couche d'ozone. Mais alors que la plupart des festivals français ont annoncé la majorité de leur programmation, un constat s'impose: cette année, on risque de sacrément s'y emmerder.

Cela étant dit, voyons le bon côté des choses: il n'y aura probablement pas besoin de traverser le pays pour voir son groupe favori jouer en exclusivité dans un festival inconnu. Le cru 2016 du festivalier risque de se ressembler pas mal d'une ville à l'autre. Amusez vous d'ailleurs à certains jeux. Par exemple, citez des programmations à vos amis sans dévoiler le nom du festival, à eux de trouver. Les erreurs et les confusions risquent d'être nombreuses. Ou encore, adonnez vous un jeu à boire: prenez une liste des festivals du pays, et buvez à chaque fois que vous y voyez un nom commun. Autant dire que Sam sera aux abonnés absents, et tout le monde pourra dormir dans son vomi jusqu'au lendemain. Evitez toutefois le coma éthylique en vous basant sur le simple nom de Louise Attaque, qui doit truster environ 9 festivals sur 10 cet été, et vous portera proche du coma éthylique. Louise Attaque qui risque fort d'emporter haut la main le fameux prix Dionysos (prix inventé par le défunt site d'actualité des festivals fm-r.info attribué aux plus gros squatteurs de scènes estivales, dont le nom est lié au groupe de Matthias Malzieux, fréquemment coupable du fait. Prix généralement attribué à de la grosse qualité comme Shaka Ponk, Fauve ou Skip the Use).

La fête triste

Louise Attaque, outre également le come back des horribles Téléphone, est d'ailleurs symptomatique de ce quasi-clonage de programmation et d'un énorme manque de prise de risque. L'heure n'est plus à la découverte, mais aux playlists RTL2, aux recommandations Fnac, et aux Victoires de la musique. Vous aurez ainsi plus de chances de croiser Louane et Nekfeu que Dinosaur Jr ou Courtney Barnett. Bien évidemment, on ne vend pas des pass à 120 boules hors camping sur des noms inconnus, des groupes de ton webzine underground préféré qui se pâme devant la réédition vinyle d'un groupe de psyche-pop slovaque des années 70 signé sur le premier label d'un groupe de cold wave ougandais des années 60 tout aussi inconnu, ou des groupes de drone qui font des bruits de ventilateurs pendant 20 minutes, mais il est quand même assez triste que d'un festival à l'autre, l'uniformité soit de rigueur. Evidemment que des têtes d'affiches – qui n'est pas d'ailleurs pas systématiquement synonyme de qualité moindre - se doivent de mettre le festival en lumière et renflouer les caisses, mais l'ensemble des programmation mettent de moins en avant une identité ou une ligne éditoriale propre. On se contente juste de signer les noms que le public a envie de voir pour lui éviter de dépenser 200 euros de train, sur lequel on se contente de placarder des jolis dessins d'un graphiste fifou.

Il n'y a pourtant pas à aller bien loin pour trouver des festivals généralistes de qualité. Il suffit d'aller toquer à la porte de nos voisins belges et espagnols pour trouver des festivals qui brassent large, à la fois populaires et exigeants (j'ai l'impression de parler comme un attaché de presse ringard). On pourra ainsi partir pour Dour, qui accueille cette année Sigur Ros, Prodigy ou Underworld pour les têtes d'affiches, et offrira parmi tous les autres artistes Suuns, Protomartyr, ou nos petits frenchies de JC Satan. Quasi nulle trace d'artistes dont la rotation sur Virgin Radio s'élève à 150 passages en une matinée. Et de l'autre côté de l'hexagone on trouve le non moins gigantesque Primavera, qui accueillera des habitués des fesitvals comme Radiohead, LCD Soundsystem ou Suède, et préfèrera accueillir à côté des gens comme Kamasi Washington, Shellac ou Tortoise plutôt que l'énième tournée des Casseurs Flowteurs.

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Bien sûr, les festivals exigeants existent également en France. Mais force est de constater qu'ils fonctionnent différemment. On parlera ainsi de Villette Sonique par exemple, de Sonic Protest, du This is not a love song, et le plus célèbre d'entre eux, la Route du Rock. Même s'il s'agit d'un parti pris totalement assumé, leur volonté n'est pas vraiment d'attirer un public large, de proposer une vaste fête populaire, et plutôt de rester entre gens exigeants (même si encore une fois, ça n'est pas un reproche). Il sera plus difficile pour un néophyte de se rendre à une soirée avec Beak> et Boredoms, plutôt que de croiser dans la même journée Radiohead, Action Bronson et Shellac. De même que généralement, ces festivals fonctionnent sur des jours et des lieux différents, fonctionnant presque comme une programmation culturelle « normale », plutôt qu'un week end global où tout le monde est réuni.

Parfois est également en cause le budget, comme celui de la Route du Rock, très modeste, et dont le coup fumeux que leur a joué Björk l'an passé l'amènera également à probablement jouer davantage la prudence, comme le constate ce début de line-up pour 2016 (de bons noms mais sans grande surprise). D'autres festivals, proches de la fermeture, se voient menacés également par des suppressions de subventions s'ils ne font pas revenir le chaland en lui proposant des grosses stars, comme en a récemment fait les frais Le rock dans tous ses états. Un des seuls festivals français pouvant se rapprocher dans l'idée d'un événement comme Primavera serait Rock En Seine, mais celui ci ressemble de plus en plus à un menu best of des concerts du Zénith de Paris que t'aurais loupé pendant l'année. Du beau mais du déjà-vu. Reste les festivals dit « de niches » comme le Hellfest, mais ça ne serait pas du jeu tellement le but ici est d'attirer un public précis, et non forcément sur la programmation en elle-même.

Un constat bien cruel et triste que le paysage des festivals français, qui, désormais beaucoup trop encombré, peine à se démarquer d'année en année, et s'affadit de plus en plus, sclérosé par une culture musicale assez pauvre, qui a pour principal reflet des éléments trompeurs comme Taratata ou les victoires de la musiques, événements faussement exigeants et versant sans cesse dans l'inoffensif et la sécurité, donnant l'impression que le dernier single de Nekfeu est le summum du subversif et de la créativité musicale. On n'ose plus les mélanges, on se rabat sur les artistes gentillets, qui ne secouent pas trop le festivalier venu bouffer sa pop à synthé qu'il a entendu chez H&M. Un cataclysme dans l'offre (femeture de festivals, budgets abaissés, etc...) pourtant maintes fois annoncé, ne renversera probablement pas la vapeur et amènera probablement l'inverse, à jouer davantage la sécurité. Les fans de Shaka Ponk peuvent continuer à économiser pour leurs étés.

RECOMMANDATIONS

Parce qu'il est bon ton de râler, certaines programmations offrent quand même certaines surprises et présences de qualité. Parfois parmi une programmation solide (comme This is not a love song qui alterne les valeurs sûres de l'indie et les découvertes enthousiasmantes) ou parfois parmi un torrent de boue (on ne citera personne car on est sympa). Si vous êtes dans le coin, passez voir ces quelques troubadours:

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LUDWIG VON 88

L'autre reformation emblématique du rock français de l'année, c'est ces bons vieux Ludwig. Alors que les pénibles insus n'ont cessés de teaser leur retour depuis 5 piges et de s'engueuler avec leur ancienne bassiste, l'un des groupes phares de la scène punk et alternative française n'avait pas donné signe de vie depuis 2001 et n'étaient pas remontés sur scène depuis 1999. Leurs concerts étaient connus pour être de joyeux bordels, espérons qu'il en soit de même 17 ans plus tard. Il serait en tous cas dommage de passer à côté d'un tel retour inespéré.

Le 18 juin au Hellfest (Clisson), le23 Juin au Rockfest (Montbello, Québec), le 31 juillet aux Nuits Secrètes (Aulnoy-Aymeries), le 6 août au Reggae Sun Ska (Bordeaux)

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SLEEP

Perdus dans une programmation sympathique mais déjà vue mille fois ailleurs, les Eurockéennes proposent tout de même une sacrée surprise en la présence de Sleep. Groupe phare du stoner/doom/que sais-je à grosses guitares vibrantes des années 90, le groupe s'est reformé depuis 2009 mais reste après tout assez rare dans l'hexagone. Une bonne occasion de ressortir les bouchons et affronter leurs vrombissements.

Le 3 juillet aux Eurockéennes (Belfort)

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MINOR VICTORIES

Les supergroupes en général, c'est pas mal chiant, voire même carrément pourri. Ca n'est généralement qu'une grosses compilations d'égos surdimensionnés pour des morceaux déjà entendus mille fois sur RTL2. L'espoir est toutefois de mise avec Minor Victories, réunissant la fine fleur de l'indie anglais, à savoir Slowdive, Editors et Mogwai. Si leur album n'est pas encore sorti, le premier single est sacrément prometteur. Une seule date de prévue pour l'instant dans nos contrées. Ne la ratez pas.

Le 12 Août à La Route du Rock (St-Malo)

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BOREDOMS

Assez rares également sont les groupes Japonais à jouer chez nous. Encore plus quand il s'agit d'obscurs groupes indies aux cheveux longs à la Sadako, et non des groupes de 48 minettes en tenue d'écolière sur les scènes de la Japan Expo. Et encore davantage quand il s'agit de Boredoms, groupe assez inclassable qui aime taper sur des trucs (ramenant parfois jusqu'à 70 batteries sur scène). Entre le hardcore et la musique expérimentale, faut s'accrocher. Mais une fois qu'on s'y tient, le plaisir est indéniable.

Le 28 mai à Villette Sonique (Paris)

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LA COLONIE DE VACANCES

L'un des avantages des gros festivals généralistes français, c'est qu'au milieu d'une énorme programmation indigeste et souvent incohérente, on trouve quand même par ci par là des choix surprenants. C'est ainsi qu'entre Louane et Major Lazer, on trouvera aux Vieilles Charrues « La Colonie de Vacances », l'un des projets français les plus intéressants de ces dernières années, où 4 groupes emblématiques de l'imposante scène Math-Rock Française, à savoir Pneu, Electric Electric, Marvin et Papier Tigre, s'unissent pour un concert commun, bruyant, et enthousiasmant. Et oui, ils jouent en même temps. A ne pas louper.

Le 14 Juillet aux Vieilles Charrues (Carhaix)

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CAVERN OF ANTI-MATTER

L'un des paris de cette année 2016. Tout droits venus d'Allemagne, et menés par un ex membre de Stereolab, ces gaillards ont accouché cette année d'un excellent album qui n'est pas souvent sans rappeler les plus belles heures de Kraftwerk. Déjà passés par l'édition hiver de la Route du Rock, les Berlinois font la tournée des festivals un peu exigeants d'Europe, et que dire de plus si ce n'est qu'ils sont surement l'un des groupes à découvrir cette année.

Le 29 Mai à Villette Sonique (Paris, Gratuit), le 4 Juin au This is not a love song (Nîmes). 

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Amelie 05/04/2017 10:59

Tu changes ton article pour mettre "printemps 2017" et ça fonctionne tout pareil.
Cet été, ce sera la première fois en 12 ans que je n'irai pas à mon festival ornais favori : nouveau chargé de programmation, cible plus jeune, groupes plus populaires...
Je n'ose pas regarder les autres, j'ai peur que ce soit général, je dois vieillir