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Vendredi 24 octobre 2008
AVANT PROPOS

Cette semaine ami lecteur, on va dire que j'ai pas trop le temps de faire fonctionner ma matière grise pour te faire loler ta race. Alors pour que tu sois pas trop déçu, voici une chonique d'un film qui a été réalisée pour le forum du site nanarland, le site préféré de Monsieur Poulpe. Donc pour ceux qui y trainent et qui l'ont déjà lue, bah tant pis pour vos gueules. Pour ceux qui ont une vie sociale, régalez-vous. Ca vous permet d'avoir une bonne mise à jour sans que je me crève le cul.

Merci, bonsoir.


A NIGHT TO DISMEMBER



Année : 1983
Pays : U.S.A.
Durée : 1H07
Catégorie : Slasher
Genre : La leçon de cinéma de Kad et Olivier
Réalisatrice : Doris Wishman
Acteurs : Samantha Fox, Diane Cummins, Saul Meth,
Miriam Meth, Bill Szarka...


Dur métier que celui de chroniqueur de nanar. Un véritable sacerdoce, comme le dirait notre chère consoeur journaliste Pénélope Solète. On croit avoir tout vu, tout fait, tout passé en revue au niveau de la bévue cinématographique, Et pourtant. L'un des paliers les plus récents en matière de nawakisme sur pelloche fut sans conteste la Turkish-sploitation, dont les figures de proue sont sans conteste Çetin Inanç niveau réalisation, et sa muse, ce bon vieux Cüneyt Arkin, le Alain Delon Turc, tête d'affiche récurrente de ses productions. Pour ceux qui auraient manqué des cours de nanardise, la turkisherie a pour particularité de présenter des films largement inspirés de succès occidentaux, pour ne pas dire carrément pompés, quand on s'aperçoit que l'on y retrouve des plans carréments repiqués des films originaux, et même parfois des extraits de bandes originales bien connues. On ajoute à cela des effets spéciaux à base d'objet en cartons, un niveau d'actorat complètement hystérique, le tout mixé dans un montage joyeusement chaotique et bordélique.


Notre valereux inspecteur qui décrochera un nombre incalculable de fois ce foutu téléphone...


"Elle est comment Samantha Fox ? Elle est très distinguée..."

Pourquoi introduire la chro de « A Night To Dismember » par un rappel sur la Turkisherie ? On a eu l'occasion de voir par les nombreuses chroniques de ce site que le nanar occidental est assez différent de ces gloubi boulga cinématographiques que sont les turkisheries. Si le résultat est tout aussi catastrophique, les productions occidentales tentent de faire en sorte que les films en questions tiennent debout, qu'ils soient un minimum cohérents. La principale différence sont les moyens financiers proches du néant que les réalisateurs tentent de masquer difficilement qui rendent le tout fascinant. Contrairement aux réalisateurs Turcs qui font leurs films avec des choses piquées à droite à gauche et qui ne s'en cachent carrément pas, le tout assemblé par trois bouts de scotch. Il était donc rare de trouver une production occidentale se rapprochant de cette définition du « film ». Et bien on en a trouvé un, en la personne de « A Night to Dismember », slasher fauché et malchanceux, réalisé par une des têtes d'affiche de la sexploitation, Doris Wishman, à qui l'on doit déjà « Super Nichon contre Mafia ».



Pourquoi malchanceux ? Car le film a subi les pires emmerdes avant même sa sortie en salles. Même si le film en l'état dans lequel il est sorti laisse quand même envisager de quelque chose de passablement foireux, sa mésaventure le plonge complètement dans les abysses du n'importe quoi. En effet, une fois le film terminé, la pelloche a pris feu dans le laboratoire dans lequel cette dernière devait être traitée. Doris Wishman a alors usé de tous les stratagèmes pour reconsituer un métrage censé tenir debout. Mais ne trouvant que des bouts de ficelles et autres scotch usagés pour rafistoler son film, le résultat est, pour notre plus grand bonheur de nanarologue (ou pour le plus grand désarroi de notre santé mentale), complètement hallucinant, proche de l'absorption de poppers dans une centrale nucléaire.



Le pitch pour commencer: l'histoire est celle de Vicky (incarnée par Samantha Fox (l'actrice prono, pas la chanteuse)), descendante d'une famille de tarés qui compte plus de psychopates que de doigts sur la main d'un lépreux: son oncle avait fait tuer sa femme (se pendant par la suite, pris de remords, il n'avait pas prévu que le meurtre entrainerait la mort de celle-ci. Il avait prévu, au pire, quelques égratignures.), tandis que sa fille massacra sa propre soeur avant de mourir elle-même en trébuchant comme une conne et atterrissant sur le tranchant de sa propre hache! Un détail d'autant plus savoureux puisque ce n'est pas censé être un gag... Et Vicky donc, qui massacra deux jeunes gens (dont la sexualité les rapproche sûrement d'un doux sobriquet fréquemment utilisé par un rappeur québecquois) de passage dans la cave de sa maison. Une raison valable pour un massacre. C'est vrai quoi, pénétrer dans la cave c'est comme violer l'intimité des gens. Du coup, direction l'internement psychiatrique. Une dizaine d'années plus tard, la voilà libérée, et qui réintègre le foyer familial. Seulement voilà, frangin et frangine n'ont pas franchement envie de se farcir une dingo dans la maison, et décident d'user de vils stratagèmes pour renvoyer la sorcière illico presto à l'asile. Son frère tentera de la faire retomber dans la folie, en lui faisant croire qu'elle est victime d'hallucinations, par exemple en se déguisant ingénieusement en zombie des marais (promizoulin!), tandis que sa soeur commettra des meurtres afin de faire porter le chapeau à sa frangine.



Un zombie militaire se cache dans ces fourrés. Sauras-tu le retrouver ?

Voilà donc le postulat de départ, déjà bien fourni en surprises, à cette expérience filmique. Maintenant, comment peut-il être traité suite aux mésaventures précédemment citées qui sont survenues après le tournage ? Il faut savoir déjà qu'après l'incendie de la pellicule, tout élément sonore s'est retrouvé anéanti. Il a donc fallu tout refaire de A à Z, même si les ¾ de l'alphabet sont passés à la trappe dans ce cas précis. Mais je reviendrai plus longuement sur cet aspect du film, car il constitue le gros de l'hallucination provoquée chez le spectateur. Il faut néanmoins commencer à aborder une partie de ce point pour parler de la narration du film. En effet, du fait de dialogues désormais inutilisables, la trame du film se déroule selon le point de vue du narrateur. A savoir celui de l'inspecteur menant l'enquête sur les meurtres provoqués par la soeur de Vicky, et dont la coupe de cheveux magique ne cessera de changer tout au long du film (et dont on remarquera également la faculté incroyable à pouvoir raconter des évènements auxquels il n'était pas présent). De ce fait, le narrateur occupe 90% des « dialogues » du film, faisant sauter ceux initialement prévus. Ceux qui ont dû être sauvés pour tenter de garder un fil conducteur un minimum cohérent (et malgré tout c'est pas chose aisée) ont été intégralement redoublés par deux personnes (pour environ une dizaine de personnages en tout dans le film, tout de même...), dont, évidemment, la voix servant pour celle du narrateur. Nos vaillants doubleurs qui n'ont peur d'aucun défi serviront à autre chose, mais j'y reviendrai.




Le montage ensuite. C'est sur ce point que le film se rapproche le plus des turkisheries dont je vous parlais en préambule. La pelloche étant en grande partie sinistrée, il ne restait donc pas assez de métrage pour lui appliquer l'adjectif de « long ». Cela aurait pu se transformer en court, mais cela aurait rendu un truc encore plus incohérent que le film sorti au final, la faute à divers pans entiers manquants dans l'histoire. Doris Wishman a donc réintégré des scènes coupées dans son film, afin de rallonger tout ça dans la douleur (pour rappel, le film fait à peine plus d'une heure!). Mais malgré tout cela, le spectateur sent que cela ne fut pas suffisant, au vu des nombreuses scènes et morceaux de scènes réutilisés plusieurs fois, ce qui se remarque d'autant plus que la plupart sont réutilisés à seulement quelques secondes d'intervalles. On a même droit à quelques variantes, puisque certaines sont carrément réutilisées à l'envers! On remarquera également l'utilisation classique du Stock Shot, notamment lors d'une scène érotique où l'homme et la femme de la scène en question changent de coupe de cheveux selon l'humeur du plan. La palme du recyclage revient une fois de plus à notre vaillant inspecteur de police dont la scène du décrochage de téléphone restera imprimé dans les rétines du fait de son abusive redondance.



Oui, ces deux images sont bien issues de la même scène...

Chose plus étonnante dans ce montage, on pourra s'apercevoir que certains rôles sont joués... par plusieurs acteurs! On retiendra surtout le rôle du frère de Vicky, joué par deux acteurs qui ne se ressemblent absolument pas, suscitant le doute à chacune de ses apparitions, tellement on se demande qui est la personne censée être représentée à l'écran...


... Et oui, c'est censé être la même personne...

Passons rapidement un autre point plus classique, (qui ne relève pas du montage ou de l'incident de la pellicule que même Head & Shoulders n'aurait rien pu y faire) les effets spéciaux, qui nous laissent penser que, même sans ces problèmes de post-production, le film n'aurait pas bénéficié d'une aura glorieuse. On notera un surabus de couleurs en négatif, de superpositions d'images hallucinatoires, de têtes en plastiques, de coups de haches aussi vifs qu'un mouvement d'éventail, et d'autres costumes de zombies réalisés par la section 4ème année de Maternelle de la banlieue du Connecticut. Mais tout cela est à découvrir de visu, car en parler n'est que dérisoire comparé au reste, notamment le dernier point que nous allons aborder...


Tremble Peter Jackson devant une telle débauche d'effets numériques!


"Hé les mecs y'a Roger qui m'a fait peur tout à l'heure en mettant son pouce et du ketchup dans une boîte d'allumettes! J'y ai trop cru! Alors avec une tête les gens vont chier dans leurs frocs!"

Car oui, là où le film achève le spectateur dans tous les sens du terme, et atteint le superbe, c'est bien dans sa bande originale et son ambiance sonore, complètement à la ramasse. Mine de rien, cela nous fait prendre conscience de l'importance du son dans un film. On ne l'écoute que passivement la plupart du temps, mais inconsciemment ça joue sur l'impact du film. Avec ce film, cela n'a jamais été aussi vrai. Par où commencer déjà. Revenons sur le point déjà abordé tout à l'heure, les dialogues tous redoublés par deux doubleurs kamikazes. Là où nos deux comédiens se surpassent (sûrement obligés sous la contrainte de ne jamais revoir leur famille), c'est qu'ils vont jusqu'à doubler... les bruitages du film! Si deux ou trois bruitages issus du tournage ont quelque peu survecu (des cris notamment), tout le reste est assuré à la bouche par nos doubleurs de l'extrême, qui sont sûrement bien contents qu'on ne connaisse pas leur identité. Les bruitages passent par les cris bien sûrs, mais également de la chair écrasée ou bien l'aboiement d'un chien, un peu comme dans la scène bruitée à la bouche de La Cité de La peur! Complètement surréaliste. De plus la qualité de l'enregistrement est telle que l'on devine sans mal les piètres conditions de l'exercice puisqu'il n'est pas rare d'entendre quelques bruits de fond ou bien une main, une bouche ou que sais-je encore... venir taper violemment contre le micro!


"Alors là ce film me perfore le fondement!"

Mais l'ambiance sonore n'en reste pas là puisque le meilleur nous est réservé avec la bande originale du film. N'ayant sans doute pas le temps de refaire une musique originale pour le film, Doris Wishman a sans nul doute été pêcher les premières musiques qui lui tombaient sous la main. Et cela veut bien dire ce que cela veut dire, elle a vraiment pris n'importe quelle musique, au pif, sans la moindre recherche de cohérence avec le thème du film, à savoir un film d'horreur. Ainsi, si des musiques d'angoisse sont bien présentes, nous pourrons également trouver du disco funky, de la musique de cartoon, des musiques d'ascenceur pour vidéo d'entreprises, ou bien encore (et ça c'est le must) de la musique qui serait parfaitement adaptée à un porno des années 70. L'irruption de cette dernière déclenche d'ailleurs toujours l'hilarité, tombant toujours aux moments où l'on s'y attend le moins, dans les situations les plus inappropriées (genre une course poursuite censée provoquer l'angoisse). Mais le pire est sans doute la gestion de ces pistes musicales, très courtes, s'enchaînant sans aucune transition. Il n'est même pas rare que plusieurs musiques se chevauchent les unes par dessus les autres, ou bien que la même piste se répète en boucle plusieurs fois d'affilée. Bref, une véritable apocalypse auditive qu'aucune oreille n'est prête d'oublier, même quand on s'est tapé l'intégrale de Normand L'Amour.



Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses à dire ce film. Comme par exemple la scène où la soeur de Vicky rêve qu'elle se fait massacrer par ses parents au ralenti pendant qu'elle pousse des gémissement orgasmiques, le stip tease complètement impromptu en plein milieu du film, une scène de tension très appuyée par le jeu d'oeillades du père de Vicky... Mais ce serait gâcher les innombrables surprises et aberrations que réserve ce film, qui ne dure pourtant qu'1h08! On ne remerciera donc jamais assez la société qui a bousillé la pelloche de ce film, pour nous avoir ainsi livré l'une des premières turkisheries occidentales qu'il nous ait été donné de voir. On aurait aimé quelques scènes avec des trampolines, mais bon, n'est pas Cüneyt Arkin qui veut.


Par Guillaume - Publié dans : maviecestdelamerde
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